Chaque famille possède une histoire. Certaines pages sont conservées dans des documents, des photographies ou des objets. D’autres vivent simplement dans la mémoire de nos parents et de nos grands-parents. Lorsque ces voix disparaissent sans avoir transmis leurs souvenirs, une partie de notre histoire risque de disparaître avec elles.
Dans de nombreuses familles africaines, la transmission a longtemps été orale. Les histoires se racontaient autour d’un repas, lors des rencontres familiales ou pendant les longues conversations entre les générations. Les enfants apprenaient ainsi d’où ils venaient, qui étaient leurs ancêtres et quelles épreuves leur famille avait traversées.
En quittant son pays d’origine, cette transmission devient encore plus importante. Les nouvelles générations grandissent parfois à des milliers de kilomètres des lieux où leurs parents ou leurs grands-parents ont vécu. Elles connaissent le Canada, leur pays de naissance ou d’adoption, mais peuvent avoir peu d’occasions de découvrir les villages, les traditions et les histoires qui ont façonné leur famille.
C’est là que l’écriture prend, pour moi, une dimension particulière.
Écrire permet de donner une forme durable à ce que la mémoire humaine pourrait un jour oublier. Un nom, une anecdote, un voyage, une coutume ou une conversation apparemment ordinaire peuvent devenir, quelques décennies plus tard, des éléments précieux pour comprendre l’histoire d’une famille.
Cette volonté de transmission se retrouve dans mes livres. Dans The King’s Butcher et Hors des sentiers battus, par exemple, l’histoire individuelle rencontre une histoire familiale et culturelle plus vaste. Le Congo n’y est pas simplement un décor. Il représente aussi un territoire de mémoire, avec ses traditions, ses transformations et les expériences de ceux qui y ont vécu.
Je crois également qu’il est important de transmettre cette mémoire sans demander aux nouvelles générations de vivre dans le passé. Connaître ses racines ne signifie pas refuser le présent. Au contraire, on peut appartenir pleinement à la société dans laquelle on vit tout en sachant d’où viennent certaines histoires, certaines valeurs et certains souvenirs de sa famille.
Mes enfants et mes petits-enfants vivront leurs propres expériences et construiront leurs propres histoires. Mais j’aimerais qu’ils puissent, un jour, ouvrir un livre et retrouver une partie du chemin parcouru avant eux.
C’est peut-être l’une des plus belles fonctions de l’écriture : permettre à une voix de continuer à raconter lorsque le temps a passé.
Auteur et éditeur, Akulass Publisher